Des plantes sur la Liste rouge
par Martin Paquet
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Au hasard d’une promenade dans les serres du Jardin botanique de Montréal, vous remarquez la présence des lettres UICN sur
la plaquette d’identification d’une plante. Que signifie ce sigle ? Et pourquoi n’est-il accolé qu’à certaines plantes ?
UICN, c’est le sigle de Union mondiale pour la nature (auparavant connue sous l’appellation « Union internationale pour la
conservation de la nature »). Sa présence sur une plaquette d’identification signifie que la plante est inscrite sur la Liste
rouge de l’Union mondiale, une recension des espèces animales et végétales menacées d’extinction à la grandeur de la planète.
La plus récente édition de la Liste rouge, publiée en 2003, compte près 7 000 espèces végétales1 qui risquent de s’éteindre à
l’échelle mondiale.
Plusieurs de ces espèces en danger font partie de la vaste collection de végétaux du Jardin botanique de Montréal (JBM).
Combien exactement ? « Si vous m’aviez posé la question il y a un an, je vous aurais répondu environ 125 espèces, explique Michel
Labrecque, le conservateur du JBM. Mais à la suite d’une vérification complète et détaillée de notre collection d’orchidées, nous
avons trouvé une centaine de plantes additionnelles qui figurent sur la Liste rouge. Or, plusieurs de nos collections les plus
importantes, notamment les Bégoniacées et les Cactacées, n’ont pas été systématiquement comparées avec la plus récente version
de la Liste rouge. » |
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Disocactus flagelliformis fait partie de la collection de Cactacées du Jardin botanique de Montréal. Cette plante,
qui se retrouve sur la Liste rouge de l’UICN, pousse sur les hauts plateaux du sud du Mexique.
© JBM/Gilles Murray
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Monanthes polyphylla, une Crassulacée des Îles Canaries, préfère les falaises ombragées
du niveau de la mer jusqu’à 700 m d’altitude.
© JBM/Gilles Murray
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Il faut dire que la mise à jour est un processus assez fastidieux. D’une part, il faut vérifier si chacune des 11 000 espèces
présentes au JBM se retrouve sur la Liste rouge. D’autre part, cette dernière s’allonge chaque année – plus de 1 000 espèces
s’y sont ajoutées de 2002 à 2003 – et le statut de nombreuses plantes se modifie, passant par exemple de vulnérable à menacé.
La Liste rouge de l’UICN comporte une grande majorité de plantes des tropiques, où la biodiversité est très riche et la
pression sur le milieu naturel très forte. Plusieurs de ces végétaux sont associés aux hot-spots, ces régions du monde qui
abritent une exceptionnelle biodiversité de végétaux et qui sont menacées de disparaître. Les 25 hot-spots répertoriés sur
la planète rassemblent à eux seuls près de 44 % des espèces de plantes vasculaires. On comprend pourquoi la majorité des plantes
UICN du Jardin botanique sont conservées dans les serres, sous des conditions qui rappellent celles des tropiques. Néanmoins,
quelques-unes de ces plantes UICN font partie des collections des jardins extérieurs ou de l’Arboretum. C’est le cas du ginkgo
bilobé (Ginkgo biloba), un arbre originaire de Chine. Curieusement, le ginkgo bilobé est utilisé en arboriculture et on le
rencontre fréquemment dans les parcs et le long des rues de Montréal. Que fait-il sur la Liste rouge ? « Bien qu’il soit
cultivé et vendu en grand nombre, à l’instar de nombreuses autres espèces, comme le coussin de belle-mère (Echinocactus grusonii),
un cactus présent dans presque tous les jardins botaniques du monde, le ginkgo est aujourd’hui très rare en nature, car son
habitat naturel a été presque entièrement détruit par l’homme ». |
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Le conservateur explique que la plupart des espèces répertoriées sur la Liste rouge sont des plantes endémiques : elles ne
croissent que dans une région précise du monde. Si une telle région subit d’importantes pressions de développement, et que la
plante y disparaît, cette dernière est par le fait même rayée de la surface du globe, car on ne la retrouve nulle part ailleurs.
En revanche, d’autres végétaux peuvent être rares sur un territoire, par exemple le Québec, mais abondants à l’échelle de
l’Amérique du Nord. C’est le cas d’un grand nombre de plantes qui sont à la limite nordique de leur aire de distribution dans
le sud du Québec. Peu abondantes chez nous, elles peuvent en revanche être très communes en Ontario et dans le Nord-Est des
États-Unis. De telles espèces ne se retrouvent donc pas sur la Liste Rouge, mais elles risquent de faire partie de la liste
des plantes rares et menacées dressée par le ministère de l’Environnement du Québec.
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Broughtonia sanguinea, une orchidée épiphyte des régions côtières de la Jamaïque.
© JBM/Gilles Murray
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Même si la question de la perte de biodiversité à l’échelle planétaire fait partie des préoccupations du Jardin botanique de
Montréal, celui-ci ne s’est pas donné comme objectif d’acquérir des plantes faisant partie de la Liste rouge. Le JBM a plutôt
choisi de consacrer des ressources à la sauvegarde des espèces menacées sur notre territoire – notamment dans le cadre du programme
Urgence-Conservation2. « Simple question de priorité dans un contexte de ressources limitées, explique Michel Labrecque. Et en ce
qui concerne les plantes UICN de nos collections, pour l’instant, notre souci est de s’assurer de bien les conserver et de mettre
à jour nos inventaires en relation avec la plus récente version de la Liste rouge. »
L’Union mondiale pour la nature
L’Union mondiale pour la nature est une grosse organisation basée en Suisse qui compte parmi ses membres des dizaines
d’agences gouvernementales, des centaines d’ONG et des milliers d’individus. Elle s’est donnée comme mission de conserver
la diversité biologique. Elle chapeaute de nombreux comités, dont la Commission de la sauvegarde des espèces (CSE) qui a le
mandat de déterminer quelles espèces sont menacées sur la planète. La Liste rouge a vu le jour dans les années 1960. Au départ,
elle recensait uniquement les animaux. Puis les plantes s’y sont ajoutées. La plus récente édition de la Liste rouge a été
publiée en 2003 (www.redlist.org/). |
Au quotidien, ces végétaux bénéficient des mêmes soins que toutes les autres plantes des collections. « Mais si le déplacement
d’une collection posait une menace à la survie de l’une de nos plantes UICN, nous prendrions des mesures exceptionnelles pour la
sauvegarder. » Après tout, il se pourrait que cette plante n’existe plus dans la nature !
- Une édition précédente (1997 IUCN Red List of Threatened Plants) évaluait à 34 000 le nombre de végétaux menacés.
La situation s’est-elle à ce point améliorée depuis ? Au contraire, la plupart des experts constatent une augmentation du
rythme de disparition des espèces à mesure que l’homme détruit les derniers milieux encore vierges de la surface terrestre.
De plus, l’Union mondiale ne recense qu’une infime fraction des espèces, celles pour lesquelles elle peut obtenir des données
fiables. Alors, cette différence ? Elle s’explique par le fait que les critères utilisés pour évaluer le degré de menace pesant
sur une plante ont changé au cours de la dernière décennie. Dans les faits, l’UICN estime qu’environ 12 % des quelque 350 000
plantes vasculaires sont menacées à divers titres. Selon d’autres sources, entre le tiers et la moitié des espèces seraient
menacées !
- Voir à ce sujet l’article « Urgence-Conservation au secours des plantes menacées » publié dans le Quatre-Temps
de décembre 2001 (vol. 25, no 4).
Martin Paquet est rédacteur en chef du Quatre-Temps.
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Tous droits réservés 2005-05-27
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